Yoga Prénatal & Post-partumPubalgie de grossesse : comprendre la douleur au pubis et la soulager avec le yoga prénatal
Sortir de la voiture, monter quelques marches, enfiler un pantalon : au fil de la grossesse, ces gestes du quotidien peuvent devenir soudainement douloureux, parfois même difficiles. Une douleur sourde ou vive s'installe à l'avant du bassin, parfois accompagnée d'une sensation d'instabilité.
Cette douleur porte un nom : la pubalgie de grossesse, aussi appelée dysfonction de la symphyse pubienne ou douleur de la ceinture pelvienne. Elle touche de nombreuses femmes enceintes, en particulier à partir du deuxième trimestre, et reste pourtant peu expliquée.
Cet article revient sur ce qui se passe réellement dans ton bassin pendant la grossesse, comment reconnaître les symptômes, et surtout quels mouvements et quelles postures peuvent t'aider à soulager la douleur au quotidien, sans l'aggraver.
I. Qu'est-ce que la pubalgie de grossesse ?
À l'avant du bassin, deux os se rejoignent au niveau d'une petite articulation cartilagineuse : la symphyse pubienne. En dehors de la grossesse, cette articulation reste presque immobile. Elle participe à la stabilité du bassin à chaque pas.
Pendant la grossesse, ton corps sécrète une hormone appelée relaxine. Son rôle est d'assouplir progressivement les ligaments du bassin pour préparer le passage du bébé lors de l'accouchement. C'est une adaptation utile et nécessaire. Mais chez certaines femmes, cet assouplissement rend la symphyse pubienne plus mobile qu'elle ne devrait l'être à ce stade, et cette instabilité crée de la douleur.
On parle alors de dysfonction de la symphyse pubienne, ou plus largement de douleur de la ceinture pelvienne lorsque la douleur touche aussi l'arrière du bassin, autour du sacrum. Les symptômes apparaissent le plus souvent au deuxième trimestre et peuvent s'intensifier jusqu'au troisième, à mesure que le poids du bébé et l'amplitude des mouvements du bassin augmentent.
II. Reconnaître les symptômes au quotidien
La douleur se situe généralement au niveau du pubis, parfois dans l'aine ou le périnée. Elle peut irradier vers les hanches ou l'intérieur des cuisses. Certaines femmes décrivent une sensation de bassin instable, parfois même un léger craquement lors de certains mouvements.
Elle se manifeste surtout dans des situations précises :
- à la marche, surtout sur de longues distances ;
- dans les escaliers ;
- en sortant de la voiture ;
- en écartant les jambes, par exemple pour t'habiller ou monter dans une baignoire.
Cette dernière difficulté, la limitation de l'écartement des jambes, est souvent le signe le plus caractéristique de la pubalgie de grossesse.
Ce qui peut favoriser cette douleur
Certains facteurs semblent augmenter le risque de développer une pubalgie pendant la grossesse : une hyperlaxité ligamentaire naturelle, une prise de poids rapide, des douleurs lombo-pelviennes déjà présentes avant la grossesse, ou encore des grossesses rapprochées. Un mode de vie très sédentaire, à l'inverse une activité physique intense mal adaptée, ainsi que la fatigue et une posture qui se dégrade au fil des mois peuvent aussi jouer un rôle.
Ces éléments ne sont pas une fatalité. Ils aident surtout à comprendre pourquoi cette douleur touche certaines grossesses plus que d'autres, et pourquoi elle mérite d'être prise au sérieux plutôt que reléguée aux petits maux de la grossesse.
III. Les postures et une séance pour soutenir le bassin
Face à une symphyse pubienne instable, le premier réflexe est parfois de s'arrêter complètement de bouger. Ce n'est pourtant pas la bonne piste : ce qui pose problème, c'est surtout l'écartement des jambes et l'ouverture des hanches, pas le mouvement en lui-même. Continuer à mobiliser doucement ton bassin, sans jamais insister sur l'écartement, reste bénéfique tout au long de la grossesse.

Le Pont de la confiance 🌉
C'est le principe de la séance de yoga prénatal Le Pont de la confiance : treize minutes pour muscler le centre du corps et travailler la mobilité, la respiration et le mouvement, sans jamais recourir à l'écartement des jambes ni à l'ouverture des hanches. Une solution idéale pour bouger sans forcer, ni aggraver une douleur pubienne au 2e et 3e trimestre.
Si tu veux prolonger ce travail, voici trois postures qui suivent le même principe :
Posture Chat-Vache (Marjaryasana-Bitilasana)
À quatre pattes, genoux alignés sous les hanches et mains sous les épaules, laisse ton bassin basculer doucement d'avant en arrière, au rythme de ta respiration. Le dos s'arrondit à l'expiration, se creuse légèrement à l'inspiration.
Ce balancement doux mobilise la symphyse pubienne sans la mettre sous tension, tout en réchauffant l'ensemble de la colonne. C'est souvent l'un des mouvements les mieux tolérés en cas de douleur pubienne.
Posture du Pont (Setu Bandha Sarvangasana)
Allongée sur le dos, pieds à plat, genoux fléchis et alignés avec tes hanches, à la largeur du bassin. Sur une expiration, soulève doucement ton bassin de quelques centimètres, en gardant les genoux parallèles, sans les laisser s'écarter ni se rapprocher.
Cette version modérée active les fessiers et les muscles du bas du dos, des appuis qui aident justement à stabiliser un bassin instable, sans jamais solliciter l'écartement des jambes.
Jambes en l'Air contre le Mur (Viparita Karani)
En fin de journée, quand ton bassin est fatigué d'avoir porté le poids du corps, cette posture offre un vrai temps de pause. Allongée sur le dos, les jambes reposent verticalement contre un mur, l'une contre l'autre.
Elle soulage la sensation de lourdeur dans le bassin et les jambes, favorise le retour veineux, et te laisse te reposer sans aucune contrainte sur la symphyse pubienne.
IV. Les gestes qui changent le quotidien
Au-delà du tapis de yoga, ce sont souvent de petits ajustements dans tes gestes du quotidien qui apportent le plus de soulagement.
Pour te lever du lit ou sortir de la voiture, garde les genoux serrés l'un contre l'autre et fais pivoter ton bassin en bloc, comme une seule pièce : ce réflexe limite les tensions sur la symphyse. Dans les escaliers, monte une marche à la fois plutôt que d'en enjamber deux, cela réduit nettement l'inconfort.
La nuit, place un coussin entre tes genoux quand tu dors sur le côté. Il aide à garder le bassin aligné et évite qu'une jambe ne tire sur l'autre pendant le sommeil. Une ceinture de soutien pelvien, portée sous le ventre, peut aussi te redonner une sensation de stabilité pendant la journée, en particulier lors des activités debout prolongées.
Le choix des chaussures compte également. Des chaussures plates et stables limitent les déséquilibres du bassin à chaque pas, à la différence des talons qui accentuent la bascule vers l'avant.
Essaie enfin d'éviter les mouvements asymétriques et les changements de position brusques, comme te pencher rapidement d'un seul côté pour attraper un objet. Prendre le temps de bouger, une étape à la fois, fait souvent toute la différence.
V. Ce qui mérite d'être mis de côté pour un temps, et quand consulter
1. Les mouvements à laisser de côté, le temps que le bassin se stabilise
Certaines postures sollicitent fortement l'écartement des jambes ou la rotation externe des hanches, ce qui peut accentuer la douleur pubienne. C'est le cas de Posture du Papillon (Baddha Konasana), de Posture de la Guirlande (Malasana), de Pose de la déesse (Utkata Konasana) et de Posture du Pigeon (Eka Pada Rajakapotasana).
Les grands écarts, les fentes profondes et l'appui prolongé sur une seule jambe méritent eux aussi d'être mis en pause pour un temps. Rien de définitif dans tout ça : ces postures reprendront leur place dans ta pratique une fois le bassin stabilisé, après l'accouchement.
2. Quand consulter
Si la douleur devient assez intense pour gêner ta marche, si elle s'accompagne d'irradiations ou d'engourdissements dans les jambes, ou si elle affecte fortement ton sommeil ou ton moral, mieux vaut consulter. Une sage-femme, un kinésithérapeute périnatal ou un ostéopathe formé à la grossesse peuvent te proposer des solutions adaptées : rééducation, ceinture pelvienne sur mesure, techniques manuelles douces.
Autre chose à savoir : la pubalgie de grossesse n'empêche pas d'accoucher par voie basse. Elle demande simplement d'en informer ton équipe médicale à l'avance, pour que les positions pendant le travail soient adaptées et que les postures qui mettent trop de tension sur le bassin soient évitées.
VI. Conclusion
La pubalgie de grossesse s'explique par un mécanisme précis : une symphyse pubienne rendue plus mobile par la relaxine, qui perd temporairement en stabilité. Comprendre ce mécanisme aide déjà à mieux vivre cette douleur, en sachant qu'elle n'est ni dangereuse pour ton bébé, ni permanente.
En ajustant certains gestes du quotidien et en choisissant des mouvements qui mobilisent le bassin sans jamais forcer sur l'écartement des jambes, tu peux continuer à bouger, à te renforcer et à te sentir bien dans ton corps, jusqu'au terme de la grossesse.